Apprendre les bases du Jardin-Forêt et de la culture syntropique

En 2019, j’ai participé à une formation avec Steven Werden et Felipe Amato sur la culture syntropique, avec l’association les Agronhommes. Je souhaite partager ce que j’ai appris et pratiqué. J’ai réalisé un document de 75 pages pour concevoir, implanter et entretenir un jardin-forêt. Je vous partage la première partie du document dans cet article. Je suis ouvert aux améliorations de ce texte, n’hésitez pas à me faire des retours, bonne lecture.

En 2026, je me suis inscrit sur la plateforme de Scott Hall sur la syntropie ( https://www.syntropia.com.au/ ) qui m’a permis de valider mes connaissances sur le sujet. Il était compliqué de trouver des informations ces dernières années.
Mon document de formation regroupe des informations traduites de formateurs à l’international, ce qui est assez rare à trouver. 

Le document sera bientôt mis en vente sur mon site au format numérique ou papier, inscrivez vous à ma newsletter (en cliquant ici) pour savoir quand vous pourrez l’acheter.

J’ai aussi réalisé un cours audio (podcast) qui fait office d’introduction longue au bases sur le Jardin-Forêt. Pour en savoir plus, cliquez ici. Ce podcast aborder d’autres sujets que sur cette page.

Définition du Jardin-Verger / Jardin-Forêt / …

Les jardins forêts (ou forêt comestible, nourricière) sont des cultures densifiées et multi-étagées souvent implantées dans des lieux en permaculture. On produit en quantité et en qualité des fruits, des légumes, des baies et des fruits à coques, en association avec des plantes que l’on taille pour apporter de la matière organique au sol.

C’est un verger :
– sans besoin d’irrigation à terme
– sans utilisation de produits chimiques de synthèse
– autonome en matière organique (auto-fertilité de la parcelle)

On valorise aussi les plantes « sauvages » qui apparaissent spontanément pour fertiliser le sol ou les consommer.

Les termes «Jardin-forêt », « Jardin-Verger », « Forêt comestible », « Forêt nourricière », « Forêt fruitière » signifie tous la même chose.

On parle de « Jardins » car ce sont des espaces cultivés, entretenus, Ils répondent à nos besoins de nourriture, matériaux et sont source de bien-être.
Le terme « Verger » montre que nous cultivons des arbres fruitiers, et qui peuvent même être en association avec des légumes.
Le terme « Forêt » indique que nous cultivons en imitant cet écosystème multi-étagé et diversifié.
« Comestible » et « Nourricier » indique qu’on cultive un maximum de plantes comestibles.

Les forêts comestibles (food forest) ont été popularisés grâce au mouvement de la permaculture depuis les années 1980.
Ernst Gotsch a une expérience de 40 ans de forêt comestible mais ce n’est que récemment (autour de 2015 environ), que son savoir se croise avec celui des permaculteurs. C’est une rencontre passionnante, que nous pouvons suivre.

Définition de la culture syntropique

La culture syntropique ou agroforesterie successionnelle a été crée par Ernst Gotsch, un suisse qui a reforesté 400 ha au sud de Bahia, dans le Nordeste au Brésil. Il est parti d’une terre nue, très érodée dans un climat très séchant.

La syntropie c’est aller vers des systèmes de plus en plus complexes. C’est un principe universel que l’on retrouve dans une forêt, dans notre cerveau, dans l’univers, etc.

La syntropie est liée à l’entropie qui est à l’inverse la tendance à aller vers des systèmes simplifiés.

L’entropie c’est notamment les perturbations qui apparaissent dans un écosystème Suite à cela, la nature engendre des processus de complexification, c’est la syntropie.
Plus concrètement, dans notre jardin forêt nous allons trouver un équilibre entre l’entropie, lorsque l’on vient désherber, tailler ou récolter ; et la syntropie, lorsque l’on « laissera la nature faire », et générer une abondance de plantes de qualité.

Ernst est parti à la récolte d’une multitude de graines tropicales qu’il a planté sous forme de “nids” sur son terrain (petits cercles de culture). Il a planté à la fois des graines d’arbres, arbustes et arbrisseaux, ainsi que des herbacées vivaces et annuelles. “Pousse ce qui poussera”, les plantes qui s’y plaisent le mieux poussent toutes ensembles, comme on le verrait chez nous lorsqu’on laisse une terre se régénérer d’elle même.

Pour accélérer la dynamique de régénération et la croissance des plantes, Ernst taille certains arbres que l’on nommera « arbre à biomasse ».

En 2026, j’ai appris avec Marc Lieber, fermier syntropique au Portugal, qu’il préfère plutôt nommer les arbres à biomasse « arbres mères » car ils apportent plus de vie à notre écosystème, ils nourrissent tous les autres et créent les conditions nécessaires à leur croissance.

« Il existe certaines idées fausses concernant la taille dans l’agriculture syntropique, (…). La principale idée fausse est que les arbres sont taillés uniquement pour obtenir de la matière organique destinée à recouvrir le sol. Bien que la matière organique issue de la taille soit certes importante et doive toujours être bien utilisée pour recouvrir et protéger le sol là où cela est le plus nécessaire, ce n’est jamais l’objectif principal. L’objectif principal est toujours d’optimiser les processus écologiques, de synchroniser le développement des plantes entre elles, de créer une harmonie structurelle au sein de chaque plante et d’harmoniser structurellement toutes les plantes avec celles qui les entourent. » Marc Lieber

On peut aussi les appeler « plantes accumulatrices ».

Lorsque l’on taille une plante :
– elle sécrète des hormones de croissance pour les plantes autour

– on génère de la matière organique pour couvrir le sol et le nourrir en surface(principe du paillage ou mulch)

– ses racines meurent dans le sol, laissant la place pour d’autres racines de s’y « faufiler ». Les racines en décomposition nourrissent aussi la vie du sol en profondeur.

Ce principe de taille ressemble aux diverses perturbations que l’on peut retrouver dans un écosystème.
Les plantes ont co-évolués avec les animaux, elles ont donc l’habitude d’être mangés, broutées.
Par exemple, les graminées (ce qu’on appelle communément l’herbe), ont besoin d’être broutées pour être en bonne santé.
Dans le livre de Fabrice Desjours sur les « Jardins-Forêts », on découvre un paresseux géant de plus de 6m de hauteur, qui a disparu depuis un moment, mais qui était un gros mangeur de branches d’arbres !
Il arrive que les éléphants fassent tomber des arbres.
Les tempêtes, tornades, incendies sont aussi des perturbations qui recréent une dynamique dans un écosystème.

Dans les tropiques, on observe que les agriculteurs ont des rendements plus importants l’année suivant une tornade.

En orchestrant ces processus naturels, Ernst est arrivé à produire autant de cacao que ses voisins en agriculture conventionnelle. Cependant, dans sa ferme, nul besoin d’irrigation, de pesticides et matière organique importée de l’extérieur de sa ferme.
L’humidité nécessaire pour les plantes est véhiculée par les champignons mycorhiziens dans le sol.
Les fruitiers sont résistants aux maladies et aux ravageurs car en semant une grande quantité de graines, il peut choisir les plus saines, vigoureuses et résilientes.

Pour Ernst, la nature fonctionne dans l’amour inconditionnel, la coopération.
En pratiquant ce type de culture, on se rend compte petit à petit qu’un sentiment de joie profonde nous anime. (Il a fallu qu’il le dise sur papier, pour que je me rende compte que c’était pour cela que j’étais profondément heureux en jardinant !)

La fonction écologique d’un être humain est de couper des branches et de semer des graines qu’il aime, comme le singe, l’oiseau ou l’écureuil

Traditions agroforestières

Les peuples indigènes d’Amazonie déracinait le plus grand arbre qu’ils trouvaient dans la forêt en creusant autour avec des bâtons et des cailloux, Ce grand arbre au sol crée une clairière dans la forêt, un espace lumineux pour cultiver des légumes en abondance, puis des arbustes et des fruits, et retourner ensuite à l’état forestier. Puis on va trouver un autre grand arbre, on le fait tomber et ainsi de suite. La forêt Amazonienne est aussi riche et diversifiée grâce aux peuples qui y vivaient !

Dans le livre « Agriculteurs à l’ombre des forêts du monde » de Geneviève Michon, on découvre les paysans des agro-forêts d’Indonésie. C’est passionnant de voir comment s’organise une culture autour du jardin-forêt. Elles sont transmises de génération en génération.
Il est intéressant de voir que des forêts qui sont classés comme « forêt primaire » par des spécialistes sont en fait des forêts cinquantenaire où les paysans continuent à récolter des fruits.

Dans le livre numérique « Perennials » que l’on trouve sur le site Agenda Gotsch, il décrit son enfance en Suisse.
On découvre que nos ancêtres (la Suisse est toute proche) étaient des très bons cultivateurs d’arbres fruitiers. La majeure partie de notre alimentation provenait de ces arbres.
Les haies étaient taillées pour créer de la dynamique dans l’éco-système et on pouvait voir des arbres à biomasse avec des arbres fruitiers.

Succession écologique en climat tempéré

Cette agroforesterie est basée sur ce qu’on appelle la « succession écologique ». C’est le processus de régénération d’un écosystème.

Imaginons que nous partons d’un terrain à nu.

  • 1. Les amarantes, l’armoise, les chénopodes, l’oseille, l’achillée, les pissenlits apparaissent, (c’est la phase de colonisation)

Ici on a semé de la roquette, une plante annuelle pour coloniser le milieu.

  • 2. Ensuite vient  les graminées (herbes hautes), les herbacées pérennes (orties, menthe, lamier). On entre dans la phase dite « d’accumulation ».
  • 3. puis viennent les ronces, les jeunes pousses de genêt d’aubépine, de prunellier, de frêne, de peuplier, de bouleau, et les graines de fruitiers semés par les oiseaux, les écureuils ou autres animaux (merisier, pommier, noyers, chêne, châtaigniers, noisetiers). On appelle communément cela une friche
  • 4. Si on continue à laisser pousser, les ronces commencent à disparaître au moment où les chênes, les pins, les frênes créent assez d’ombre pour empêcher son développement. On y voit encore quelques graminées ou des herbacées de sous bois (fougère et autre) ainsi que quelques arbustes, et surtout un sacré tapis de feuilles mortes et de branches en décomposition. C’est la forêt, ou le stade d’abondance, le climax.

Avantage n°1 : Autofertilité

Dans ce type de culture, on plante au même endroit les arbres destinés à la production et les arbres à biomasse destinés à être taillés pour nourrir le sol en surface et en profondeur. C’est le principe d’autofertilité. A l’heure actuelle, la plupart des agriculteurs en France sont dépendant soit de fertilisants chimiques, soit de fertilisants biologiques qui sont rarement produits sur la ferme, et jamais sur la même parcelle à part en agroforesterie successionnelle. C’est surtout sur ce point là cette culture se distingue de l’agriculture biologique.

Je précise aussi que lorsqu’on tend vers une forêt (ou un jardin-forêt), le sol se rééquilibre en nutriments et en minéraux.

Un autre exemple illustre cela. On observe que si on cultive des légumes ou des céréales en travaillant le sol, on génère un certain déséquilibre, qui est rétabli si on laisse une prairie de graminées repousser.

La prairie nourrit de nouveau le sol. La plupart du temps, le sol est labouré et on peut re-cultiver.

Et bien si on laissait une forêt s’installer, le sol serait encore bien plus riche et équilibré. 
Seulement les céréaliers ne le font pas car il faudrait enlever les souches et les racines des arbres.

 

Avantage n°2 : Pas besoin d’irrigation à terme

Un jardin-forêt n’a pas besoin d’irrigation à terme. C’est ce que fait Ernst Gotsch au Brésil, pour une production professionnelle. Cela mériterait d’être essayé et reconnu en climat tempéré.

Le sol du jardin-forêt à terme est couvert de minimum 30 cm de branches, avec 30 cm (voir plus) de branches déjà décomposées en humus. Cela permet le développement d’un réseau de champignons dans le sol. Ces derniers assurent la résilience des plantes en cas de sécheresse.

(Plus d’informations sur l’irrigation/ l’arrosage dans le chapitre sur l’entretien du jardin-forêt dans mon document de formation)

Avantage n°3 : Pas d’utilisation de produits chimiques de synthèse

Un jardin-forêt ne nécessite pas l’utilisation de produits chimiques de synthèse pour contrer les insectes dits « ravageurs », ou les maladies.

Les « ravageurs » sont régulés grâce à la présence d’une large diversité d’insectes, oiseaux et animaux prédateurs. Cette faune peut exister grâce à une culture densifiée et multi-étagé de plantes diversifiées.

Les maladies sont évités en ne conservant seulement les plantes les plus résistantes. La plupart du temps, ce sont des plantes qui auront été implantés grâce à un semis direct de la graine directement en place (à l’endroit où nous voulons l’arbre). Ces semis pourront être potentiellement greffés ensuite.

La plupart du temps, on traite les fruitiers car on essaye de garder en vie des plantes malades, dans un écosystème « malade » (peu densifié et diversifié)

Principal inconvénient : ça ne fait pas « propre »

C’est un inconvénient pour les personnes qui utilisent cette expression « ça ne fait pas propre ».
De mon point de vue, c’est juste la beauté de la nature

La principale limite à ce type de culture est qu’on a une grande densité et diversité de plantes. On entretient mais on intervient au moment où la végétation est déjà bien développée, Alors avant l’intervention, ce n’est pas «propre » comme dirait-on. Et même après intervention, je pense que ça peut ne pas convenir à certaines personnes.
En juin, le jardin-forêt est remplie d’herbes de 2m de hauteur car je laisse pousser les bandes enherbées à leur maximum (pour récolter un maximum de paillage).

Puis je fauche fin juin et là on peut voir clairement les lignes de culture espaçées de 2m.
Et ce n’est que le début, car d’ici quelques années, les lignes de culture seront composées d’un mélange de fruitiers, sureau, saule, peuplier, photinias, eleagnus, consoude : une sacré jungle qu’il est nécessaire d’éclaircir pour permettre aux fruitiers de se développer correctement.

Croyance limitante : la concurrence des plantes

On pense souvent que les plantes sont en concurrence, mais si on taille les plantes indésirables à floraison, elles favoriseront nos plantes cultivées,
La densité racinaire n’est pas un problème dans ce système puisque l’on veut aller vers un stade forestier. La densité racinaire est problématique lorsque l’on veut cultiver des légumes, mais dans la forêt le sol est jonché de racines.

Ainsi, les plantes dites « invasives » peuvent être potentiellement intégrée dans ce système, le teinturier d’Amérique, la Renouée du Japon, ou l’Ailanthe par exemple. Elles disparaitront une fois que les arbres de production seront grands et créeront assez d’ombre pour faire disparaître des espèces pionnières. Si on taille régulièrement ces plantes une fois qu’elles croisent nos arbres de production, elles permettront de produire une grande quantité de matière organique en surface et dans le sol par la mort des racines.

Toutefois, socialement elles ne sont pas les bienvenues, alors il est préférable de ne pas les planter, car elles pourraient se disséminer chez des personnes qui veulent cultiver des légumes ou dans une autre situation indésirable.

Questionnement sur la taille des arbres en tétard (ou trognes)

La plupart du temps en syntropie, les arbres à biomasse sont taillés en tétard. C’est à dire qu’on les étête (on leur coupe la tête) entre 3 à 5m de hauteur pour les grands arbres (saule, peuplier, frêne,…) ou entre 1 et 2m de hauteur pour certains arbustes (sureau, …).
Les branches repoussent, surtout au niveau de la tête (à 5m de hauteur par exemple). On peut tailler les branches le long du tronc chaque année et les branches qui repoussent à la tête plutôt tous les 2 à 3 ans.

Cette méthode de taille est pratiquée depuis plusieurs siècles. Certains en vantent les mérites. L’arbre peut vivre très longtemps (parfois plus longtemps qu’un arbre non taillé). Les branches repoussent vigoureusement après la taille. Au bout d’un moment le tronc devient creux, il devient alors un refuge pour une biodiversité spécifique : chouettes, certains insectes.

Cependant, cette méthode de taille me questionne notamment car l’arbre perd son port naturel (il perd la forme classique que l’on connaît des arbres). D’ailleurs on décide de ne plus tailler un arbre que l’on avait commencé à former en tétard, il est fortement fragilisé.
Il arrive que la nature étête un arbre, avec la foudre, le vent, un ravageur, la sécheresse … Mais la question est de savoir s’il est juste pour nous humains d’intervenir de cette façon.

Une alternative pourrait être de les tailler plutôt à la base (on appelle cela une cépée). L’arbre va ainsi repartir en plusieurs troncs à la base.

Pour l’instant, ma réflexion me mène plutôt vers la stratégie suivante : tailler en cépée les arbres à biomasse pionniers (premiers arbres de la succession) lorsqu’ils ont atteint environ 8m pour un arbre émergent (saule, peuplier, ou frêne, …) et environ 3m pour un arbuste à biomasse (ex : le sureau)
Par contre, j’envisage de tailler en tétard les arbres à biomasse climaciques (espèces avancées dans la succession) telles que le chêne, le tilleul (et autres …) ; afin d’assurer l’auto-fertilité des arbres à fruitiers sur le long terme.

(MAJ novembre 2025) : J’ai coupé à la base des saules que j’avais commencé à conduire en tétard. Ils n’ont pas très bien repoussés, alors que pour la taille en tétard, la pousse était très vigoureuse. Je les ai peut être taillés trop tard (8 mars). Ils avaient déjà peut être commencés à mettre leur énergie dans les bourgeons. Ils ont peut être été perturbés.

Les repousses de cépées de frênes étaient plus concluantes.
Observations à suivre …

Je vous invite à vous rendre dans le chapitre « Gestion des arbres à biomasse » pour avoir plus de détails sur mes réflexions et la stratégie que j’adopte.

Dans le document, je vous partage la méthode pratiquée en syntropie et ma méthode un peu modifiée où je limite la taille en tétard.

Principe n°1 : Succession

Ernst Gotsch a défini trois types de plantes dans la succession : le placenta, les secondaires puis les climaciques (qui pousse à l’ombre, « climax »).

Il a aussi définit 3 phases de succession : la phase de colonisation, d’accumulation puis d’abondance.

Scott Hall classe les différentes stades de la succession comme indiqué sur le schéma ci-dessous. On voit que le placenta est en 2 parties, et la phase secondaire en 3 parties. C’est un langage commun aux personnes pratiquant la syntropie.

La phase de colonisation (« Pioneers », pionniers ) précède les plantes du placenta. Elle contient les espèces qui couvrent un sol à nu ou un rocher : ce sont les lichens, les mousses, les herbes annuelles, plantes à cycle court et à racines pivots. On appelle plante pionnière une plante qui pousse en plein soleil dans un sol peu riche.

Le placenta 1 concerne principalement les plantes herbacées annuelles et les herbes (graminées vivaces) qui colonisent le milieu et crée de l’ombre et de la fertilité pour les petits arbres qui croissent. À chaque stade, on a aussi une faune spécifique (insectes, bactéries, etc). C’est le début de la phase d’accumulation.

Le placenta 2 contient les arbrisseaux et arbustes épineux, plutôt invasifs (comme par exemple les ronces, le prunellier, l’aubépine, l’églantier, …) ainsi que les jeunes arbres du stade « secondaire ». Nous sommes dans la phase d’accumulation.

Le stade Secondaire 1 (« Early Secondary ») correspond au moment où l’on va commencer à tailler en tétard des arbres émergents tels que le saule, le peuplier, érables, frênes, ou l’eucalyptus, … Les graines d’arbres (notamment fruitiers) que l’on a pu semé au pied commencent à germer. On a aussi des espèces comme le pécher ou des agrumes qui peuvent commencer à faire quelques fruits. Nous sommes encore dans la phase d’accumulation.

Le stade Secondaire 2 (« Mid Secondary ») correspond au moment où les arbres commencent à devenir gros. Il y a moins d’herbes (graminées vivaces). Cela peut être le moment d’abattre à la base les arbres tétards pionniers (saule, peuplier, eucalyptus, … ) pour laisser la place à des fruitiers ou à des arbres climaciques que l’on peut tailler en tétard (tel que le chêne). Nous sommes toujours dans la phase d’accumulation.

Le stade Secondaire 3 (« Late Secondary ») contient les arbres du stade suivant (Climax », « Forêt primaire » ), mais qui sont encore jeunes. Nous commençons à avoir une forêt diversfiée. On peut commencer à voir des écureuils à ce moment là. Nous sommes à la fin de phase d’accumulation, proche de la phase d’abondance.

Le stade de Climax ou Forêt primaire (« Primary») correspond au stade avancé de la succession écologique avec un sol riche, fertile. Les 4 strates sont représentées : 20 % d’arbres émergents, 40 % de strates hautes, 60 % de strates moyennes et 80 % de plantes de strates basses (poussant à l’ombre, comme par exemple l’ail des ours). Les arbres fruitiers sont principalement des plantes de climax. Le climax n’est pas une fin en soi, la succession se poursuit. C’est la phase d’abondance. On appelle parfois cela « forêt primaire ». Cela ne correspond pas forcément à des forêts non entretenues par l’homme comme je l’ai expliqué dans le chapitre précédent « Traditions agroforestières »). Et justement, c’est un stade qui peut nourrir des gros mammifères comme les vaches, et aussi nous humain.

Puis on peut envisager de créer une clairière, pour revenir au stade de Placenta, mais cette fois-ci avec plus de vie et de fertilité. C’est un sol idéal pour la culture de légumes. Bon il y aura quand même beaucoup de racines d’arbres dans le sol, c’est un nouveau modèle de potager !

Senescence

Les plantes qui arrivent à senescence (vieillesse), c’est à dire qui arrivent au stade de fleurs puis de graines, ralentissent la croissance des plantes autour.
Et au contraire, si on fauche ou taille la plante avant senescence, alors elle sécrète des hormones de croissance pour les plantes autour.

Les portes greffes et la greffe

La greffe est une technique de multiplication des végétaux.

Darren Doherty dans son livre « The Regrarians Handbook – 5.Forestry » nous dit cette technique est pratiqué depuis des milliers d’années et a joué un rôle essentiel pour la subsistance humaine et l’économie.

Beaucoup de fruitiers ne se bouturent pas et lorsque l’on sème un pépin ou un noyau, nous ne sommes pas sûr d’obtenir la variété que nous avons consommé.

On appelle « fidèle au semis » les fruitiers dont on est quasiment sûr d’obtenir le même fruit si l’on sème leur graine. Ces arbres n’ont donc pas besoin d’être greffés (à part si on veut une vigueur différente pour l’arbre avec un porte greffe différent). Les arbres fidèles au semis sont souvent les arbres dit autofertiles (ils se pollinisent eux même, ) : péchers, pruniers, amandiers, nectarines, brugnons autofertiles, noyers,… (Précision : le mot ‘autofertile’ n’a pas le même sens que dans le paragraphe précédent)

Un porte greffe constitue les racines et le début du tronc d’un arbre « greffé ».

On insère un « greffon » dans le porte greffe.
Le greffon est une branche d’un arbre dont l’homme a jugé les fruits intéressants : bon goût, calibre intéressant, résistance aux parasites et aux maladies. Le greffon définit ainsi la variété, l’âge et le sexe de l’arbre.
L’arbre porte greffe n’est donc plus qu’un « support » pour le greffon. Souvent, le porte greffe « rejette », c’est à dire qu’il fait des branches sous la greffe, il est important de les tailler car elles prennent de l’énergie au greffon.

Je présente les portes greffes dès maintenant car ils définissent la vigueur de l’arbre (la grandeur de l’arbre). Ils influencent notre conception et la strate dans lesquelles ils se trouvent. J’y reviens dans le paragraphe « Explication : Strates et porte-greffe »

Exemple :

Pour cultiver un pommier, il nous faut tout d’abord définir la variété que l’on souhaite. Lorsque l’on sème un pépin de pomme, il est très rare d’obtenir la même pomme que nous avons semé. Il n’est pas fidèle au semis.

Nous avons le choix greffer sur un porte greffe issu du semi d’un pépin de pomme, on appelle cela un pommier franc. Cela fera un arbre de 7 à 10m de hauteur, il peut ainsi être plaçé dans la strate des très grands arbres.

Nous pouvons sinon greffer sur un porte greffe qui donnera une taille d’environ 5m de hauteur à l’arbre. Le porte greffe appelé « pommier M26 » a été sélectionné pour résister à la pourriture du collet (base de l’arbre), il est bien adapté pour un jardin forêt selon Frank Nathié. Il peut ainsi être plaçé en strate moyenne.

Nous pouvons aussi greffer sur un porte greffé nain « M9 » qui donnera une vigueur de 2m de hauteur, intéressant pour les petits jardins, il est cependant peu durable, sensible au vent et aux maladies.

(Suite de l’explication de la greffe plus loin dans le document)

Références intéressantes :

« Multiplication des plantes fruitières et ressources végétales » (livre jaune) de Frank Nathié

Dans ce livre, on a plusieurs documents intéressants sur les portes greffes.
On a un tableau qui donne les espèces de l’on peut greffer sur différents portes greffes (sauvages notamment).
Par exemple si on a des merisiers sauvages sur son terrain, grâce à ce tableau on apprend que l’on peut greffer des cerisiers dessus (ça, on s’en doutait), mais aussi des muriers.
On a aussi un tableau qui indique la hauteur et la largeur des différents portes greffes ainsi que plusieurs informations sur leur résistance aux maladies.
On a aussi des informations sur les portes greffes les plus communs que l’on trouve en pépinière pour les pommiers, pruniers, poiriers, cerisiers, châtaigniers, etc.
On a aussi la liste des fruitiers « fidèles au semis ».

A la fin du livre il y a aussi la liste des variétés de fruitiers résistantes aux maladies et aux ravageurs ainsi que les pépiniéristes qui les vendent.

Principe n°2 : Stratification

La stratification signifie le multi-étagement des espèces végétales.

En culture syntropique, on parle de 4 strates :

Emergente, haute, moyenne et basse, voilà les stratas ! (écoutez ma chanson ! https://soundcloud.com/permaben/les-stratas )

Les plantes sont classées dans ces 4 strates par rapport à leur besoin en lumière :

Emergent : Besoin de plein soleil
Haute: Ombre légère
Moyenne: Mi-ombre
Basse : Ombre

Ce qui fait que le maïs et le cerisier sont toutes deux des espèces émergentes, qui préfèrent le plein soleil.
Mais pas au même stade de succession. Le maïs au début, et le cerisier à la fin au climax.

Plus bas, je parle de la taille conseillé par JP Gallerand, je trouve que c’est une taille assez drastique dont je me questionne encore sur la pertinence.

Explication : Strate et porte-greffe

En syntropie, on considère qu’un arbre est dans la même strate, peu importe son porte-greffe. Je donne un exemple pour illustrer cela :

Le poirier est considéré comme un arbre de strate émergente car il se comporte bien avec une exposition de plein soleil. Il peut avoir différentes hauteurs en fonction de son porte greffe :
– greffé sur franc, il fera jusqu’à 8m de hauteur.
– greffé sur cognassier, il fera environ 5m de hauteur.

Cependant, peu importe son porte greffe, il sera considéré comme une strate émergente, avec un besoin de plein soleil. Ce qui veut dire que dans notre conception, on devra faire en sorte que le poirier même s’il est greffé sur cognassier, bénéficie du plein soleil toute la journée.

Dans ma conception, je considère plutôt le poirier greffé sur cognassier comme une strate haute, même si je n’oublie pas qu’il a un besoin d’ensoleillement maximal.

La solution pourrait être d’espacer un peu plus les très grands arbres au dessus de lui.
Souvent, je le plante à équidistance de deux grands arbres émergents, afin qu’il bénéficie du maximum de soleil.

Les différentes strates

Voici les différentes strates dans un stade avancé de la succession écologique (ou autrement dit à long terme) :

En strate émergente : Les très grands arbres, (de 8m de haut à plus) doivent être espacées de 15 à 25 mètres : pour la production de fruits : cerisiers, noyers, châtaigniers, pins pignons, poiriers franc, abricotiers franc
Pour la production de sève, de bois d’œuvre et/ou de biomasse : bouleau, peuplier, pins, saule,…

(En pratiquant la taille conseillée par JP Gallerand, on peut conduire des cerisiers (greffés sur merisiers), poiriers francs, et abricotiers franc pour qu’ils ne dépassent pas 5m de hauteur. Ce sont toujours des émergents (arbres de pleins soleils), mais on peut du coup réduire l’espacement à une dizaine de mètres par exemple.

Strate haute : Les arbres de taille moyenne (environ 5 à 8m de haut) qui doivent être espacés de 5 à 8 mètres : pommiers greffés sur M7, pruniers, plaqueminiers, cognassiers, noisetiers, péchers, vigne tuteuré, sureau, …
Frank Nathié conseille de greffer les pommiers sur les porte greffes : M26 (3 à 4m de haut mais doit être tuteuré), le MM111 (forte vigueur, 80% de la taille d’un pommier franc)
(Si on pratique la taille de JP Gallerand, on peut conduire ces arbres pour qu’ils fassent 2 à 3m de hauteur).

Pour la biomasse (« arbres et arbustes mères »), on a le sureau, le cornouiller sanguin, le lilas. Je récupère des boutures de racines ou des jeunes plants dans les forêts, clairières et jardins autour de chez moi.
Il y a aussi l’eleagnus qui est super, mais dont j’ai du mal à faire des boutures ou des semis. Alors je l’achète à la pépinière Planfor.

Strate moyenne : La strate des arbrisseaux ou petits fruitiers (de 2 à 3 mètres de hauteur) sont espacées tous les mètres à 3 mètres : cassissiers, groseilliers, groseilliers à maquereaux, myrtilliers, framboisiers

Strate basse : La strate des herbaçées et légumes qui tolèrent l’ombre

Il ne faut pas hésiter à espacer un peu plus les arbres et arbustes si on veut que les strates inférieures soit plus productives avec plus de soleil ; surtout dans les régions où on a peu d’heures d’ensoleillement à l’année.

Il est important d’espacer correctement les arbres fruitiers, car on peut se permettre de ne pas les tailler et ils produiront des fruits de calibre moyen en quantité tous les deux ans (alternance).

Lorsque les fruitiers sont trop plantés trop proches, ils ont tendance à ne produire que du bois et des fruits seulement à la cime (là où il y a de la lumière). Lorsque les arbres sont plantés trop proches, comme au Jardin des Fraternités ouvrières de 1800m² en Belgique, il faut les tailler chaque été pour faire de la lumière. c’est une stratégie qui demande beaucoup de travail de taille, mais cela peut aussi produire beaucoup. (deux vidéos sur le jardin des fraternités ouvrières, une courte https://youtu.be/P831hBMJB_w et une longue https://youtu.be/OidlGHJn31M)

(Plus d’informations sur la taille des fruitiers en fin de document)

Références intéressantes :

« Permaculture en climat tempéré » (livre vert) de Frank Nathié

A la fin de ce livre, on a la liste des végétaux comestibles en climat tempéré de la strate émergente jusqu’à la strate herbaçées, en passant par les tubercules, racines (attention aux sangliers), et les champignons.
On découvre ainsi pleins d’espèces méconnues et sous utilisées !
On peut ainsi cultiver à mi ombre un arbrisseau vivace dont on peut manger les feuilles : l’Epinard du Caucase.
On peut aussi utiliser le Cedrela Sinensis comme arbre émergent taillé en tétard dont on peut consommer les feuilles. (on peut envisager le tailler à la base je pense mais avec un ensoleillement suffisant pour la production de feuilles)

On a aussi dans ce livre, les bons associés des fruitiers communs (péchers, pommiers, poiriers etc) pour une meilleure résistance aux maladies et aux ravageurs.

Principe n°3 : Cycle de vie

Le schéma ci dessus montre que pour cultiver un asiminier (fruit qui ressemble à une mangue, a un goût banane/fraise, résiste à -25°c et une croissance assez lente ) , nous cultivons au même endroit un laurier palme et un cornouiller sanguin.

Dans un premier temps, je vous donne la méthode de la syntropie
Le laurier palme poussera le plus vite et nous le taillerons en tétard entre 1,5m à 3m de hauteur. En attendant le cornouiller et l’asiminier pousseront bien sous son ombre légère.
Au bout de 3 ans, nous abattons le laurier palme à la base, pour laisser la place au cornouiller taillé en tétard entre 1,5m et 3m de hauteur aussi
Puis au bout de 6 ans, nous pouvons abattre le cornouiller à la base pour laisser la place à l’asiminier
Nous avons des trois plantes de la strate haute, avec des cycles et durée de vie différente.

Maintenant, je vous décris ma méthode où je limite la taille en tétard :
Le laurier palme serait taillé à la base au bout de 3 ans. Le cornouiller lui aussi taillé à la base au bout de 6 ans, pour laisser place à l’Asiminier.

Voilà les bases de la syntropie et du jardin-forêt.

Pour aller plus loin, vous pouvez participer à ma prochaine formation où je propose un tarif « Payez-ce-que-vous-pouvez » : cliquez ici pour en savoir plus.

Importance de la couverture du sol (mulch, paillage)

Il y a un principe important en permaculture et en syntropie, c’est la couverture du sol, qu’on appelle aussi mulch ou paillage.

J’appelle souvent cela du paillage, mais ce n’est pas forcément constitué de paille. Pour ma part, je couvre le sol avec du foin, je nomme cela du paillage.

Ce n’est pas non plus un dogme, certains permaculteurs cultivent sans couverture du sol.
C’est aussi une manière de cultiver différente.
Au pied des arbres c’est souvent assez simple à mettre en pratique. Par contre, pour un potager, c’est un peu plus stratégique et complexe. Vous pouvez avoir plus d’informations dans le chapitre sur « La culture de légumes en syntropie ».

Le mulch est un mélange de carbone et d’azote.
On trouve majoritairement du carbone dans la paille, le foin, le bois broyé, ou bien des branches grossièrement découpées à la machette.

L’azote est obtenue lui plutôt avec du fumier, des plantes vertes, des restes de cuisine ou l’urine.

Il existe des données sur internet qui évalue le rapport carbone sur azote de chaque matériau : https://fr.wikipedia.org/wiki/Rapport_C/N . On appelle cela le C/N : Carbon/Nitrogen.
Vous pouvez aussi avoir ces informations dans le livre vert « Permaculture en climat tempéré » de Franck Nathié.

La sciure par exemple est l’un des matériaux les plus carbonés (Rapport C/N : 150 à 500).
L’urine, elle, a le ratio le plus azoté (0,7).
Un rapport C/N équilibré se situe entre 10 et 20. C’est tout un art d’arriver à faire une couverture de sol équilibrée.
Les feuilles mortes ont un rapport C/N assez équilibré entre 20 et 60, elles sont facilement décomposable par le sol. Les restes de cuisine sont aussi assez équilibré.

Un exemple de couverture de sol équilibrée, ce serait par exemple du fumier avec par dessus du foin de le paille ou du broyat de bois.

Je couvre le sol avec des branches grossièrement découpées pour couvrir le sol au pied des arbres.
Par contre pour un potager, les branchages sont moins adaptés, on opte plutôt pour de la paille, du foin ou du bois broyé (avec le fumier).

Je vous recommande le livre « Compost et Paillis » de Denis Pépin pour approfondir le sujet. Il y a certaines informations de ce livre que je ne trouve pas pertinente dans un contexte de permaculture, syntropie et jardin-forêt. A discerner.

On peut collecter un maximum de matière pour notre projet. On peut récupérer des déchets verts, branchages que des voisins veulent se débarrasser. Je leur partage tout de même souvent que c’est judicieux s’il les garde dans leur jardin à composter au pied des arbres par exemple. C’est une vraie ressource, cela a de la valeur. Les personnes en prennent petit à petit conscience, mais ce n’est pas encore tout à fait le cas.

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