Définition du Jardin-Forêt et de la culture syntropique
En 2019, j’ai participé à une formation avec Steven Werden et Felipe Amato sur la culture syntropique, avec l’association les Agronhommes. Je souhaite partager ce que j’ai appris et pratiqué. J’ai écrit un guide pratique de 90 pages pour concevoir, implanter et entretenir un jardin-forêt. Je vous partage le début du document dans cet article. Je suis ouvert aux améliorations de ce texte, n’hésitez pas à me faire des retours, bonne lecture.
En 2026, je me suis inscrit sur la plateforme de Scott Hall sur la syntropie ( https://www.syntropia.com.au/ ) qui m’a permis de valider mes connaissances sur le sujet. Il était compliqué de trouver des informations ces dernières années.
Mon document de formation regroupe des informations traduites de formateurs à l’international, ce qui est assez rare à trouver.
Pour en savoir plus sur le guide pratique : Cliquez ici
J’ai aussi réalisé un cours audio (podcast) qui fait office d’introduction longue au bases sur le Jardin-Forêt. Pour en savoir plus, cliquez ici.
Pour en savoir plus sur ma définition d’un Jardin-Forêt, vous pouvez regarder la vidéo qui suit :
Définition du Jardin-Verger / Jardin-Forêt / …
Les jardins forêts (ou forêt comestible, nourricière) sont des cultures densifiées et multi-étagées souvent implantées dans des lieux en permaculture. On produit en quantité et en qualité des fruits, des légumes, des baies et des fruits à coques, en association avec des plantes que l’on taille pour apporter de la matière organique au sol.
C’est un verger :
– sans besoin d’irrigation à terme
– sans utilisation de produits chimiques de synthèse
– autonome en matière organique (auto-fertilité de la parcelle)
On valorise aussi les plantes « sauvages » qui apparaissent spontanément pour fertiliser le sol ou les consommer.
Les termes «Jardin-forêt », « Jardin-Verger », « Forêt comestible », « Forêt nourricière », « Forêt fruitière » signifie tous la même chose.
On parle de « Jardins » car ce sont des espaces cultivés, entretenus, Ils répondent à nos besoins de nourriture, matériaux et sont source de bien-être.
Le terme « Verger » montre que nous cultivons des arbres fruitiers, et qui peuvent même être en association avec des légumes.
Le terme « Forêt » indique que nous cultivons en imitant cet écosystème multi-étagé et diversifié.
« Comestible » et « Nourricier » indique qu’on cultive un maximum de plantes comestibles.
Les forêts comestibles (food forest) ont été popularisés grâce au mouvement de la permaculture depuis les années 1980.
Ernst Gotsch a une expérience de 40 ans de forêt comestible mais ce n’est que récemment (autour de 2015 environ), que son savoir se croise avec celui des permaculteurs. C’est une rencontre passionnante, que nous pouvons suivre.
Origine de la permaculture
Ces informations sont en partie issue du site de l’association de permaculture « Brin de paille », (cliquez ici pour y accéder)
La permaculture est l’association de deux mots : « culture » « permanente ».
A la base, le mot est issu de l’expression « agriculture permanente » utilisé par l’agronome américain Cyril George Hopkins en 1910.
Elle sous-entend des méthodes culturales qui permettent aux terres de maintenir et développer leur fertilité naturelle.
En 1929, Joseph Russell Smith a repris le terme dans son livre « Récolte provenant des arbres (Tree crops) : une agriculture permanente » où il résume sa longue expérience de cultures pour l’alimentation humaine et animale avec des arbres fruitiers et des noix.
Le terme « permaculture » lui-même a été utilisé pour la première fois par Bill Mollison et David Holmgren dans leur livre Permaculture One paru en 1978.
La définition qu’ils en donnent à ce moment est « la conception consciente de paysages qui miment les modèles et les relations observés dans la nature, visant à obtenir une production abondante de nourriture, de fibres textiles et d’énergie pour satisfaire les besoins locaux. »
La permaculture se développe dans le monde avec la création d’instituts, de revues et de projets d’aide au développement.
Le formateur anglais en permaculture Patrick Whitefield, suggère qu’il y a deux mouvements de permaculture : la permaculture originelle (agriculture permanente) et la permaculture de design (conception de systèmes adaptés à tous les aspects de la culture humaine).
Définition de la permaculture
Pour moi, la permaculture, c’est l’art de concevoir des modes de vie autonomes en nourriture et en matériaux en respectant les grands principes de la nature.
C’est un outil de conception avec lequel on peut « designer » un terrain, un entreprise, un évènement, sa vie, etc …
Pour cela, on se base sur des éthiques et des principes inspirés d’observations de la nature.
Ethiques de la permaculture
On a 3 éthiques principales en permaculture :
– Prendre soin de la Terre et de toutes ses formes de vie
– Prendre soin de soi, des humains et bâtir la communauté/faire société/faire ensemble
– Partager les surplus.
Il y a parfois deux autres éthiques qui sont rajoutées :
– Utiliser la quantité de ressources nécessaires pour notre survie (fixer des limites à la consommation et à la production)
– Prendre soin et planifier des générations futures
Principes de la permaculture
La permaculture se base sur des principes, tirés de l’observation de systèmes naturels résilients :
- favoriser la diversité ;
- valoriser les bordures ;
- observer et interagir ;
- capter et stocker l’énergie ;
- obtenir une production ;
- appliquer l’autorégulation et accepter la rétroaction ;
- favoriser les ressources renouvelables ;
- les déchets des uns sont les ressources des autres ;
- intégrer plutôt que séparer ;
- travailler avec la nature ;
- le problème est la solution ;
- chaque élément remplit plusieurs fonctions ;
- chaque fonction est remplie par plusieurs éléments ;
- prendre la responsabilité de sa propre vie maintenant…
La fleur de la permaculture
La fleur de la permaculture est l’ensemble des domaines d’applications de la permaculture
Définition de la culture syntropique
La culture syntropique ou agroforesterie successionnelle a été crée par Ernst Gotsch, un suisse qui a reforesté 400 ha au sud de Bahia, dans le Nordeste au Brésil. Il est parti d’une terre nue, très érodée dans un climat très séchant.
La syntropie c’est aller vers des systèmes de plus en plus complexes. C’est un principe universel que l’on retrouve dans une forêt, dans notre cerveau, dans l’univers, etc.
La syntropie est liée à l’entropie qui est à l’inverse la tendance à aller vers des systèmes simplifiés.
L’entropie c’est notamment les perturbations qui apparaissent dans un écosystème Suite à cela, la nature engendre des processus de complexification, c’est la syntropie.
Plus concrètement, dans notre jardin forêt nous allons trouver un équilibre entre l’entropie, lorsque l’on vient désherber, tailler ou récolter ; et la syntropie, lorsque l’on « laissera la nature faire », et générer une abondance de plantes de qualité.
Ernst est parti à la récolte d’une multitude de graines tropicales qu’il a planté sous forme de “nids” sur son terrain (petits cercles de culture). Il a planté à la fois des graines d’arbres, arbustes et arbrisseaux, ainsi que des herbacées vivaces et annuelles. “Pousse ce qui poussera”, les plantes qui s’y plaisent le mieux poussent toutes ensembles, comme on le verrait chez nous lorsqu’on laisse une terre se régénérer d’elle même.
Pour accélérer la dynamique de régénération et la croissance des plantes, Ernst taille certains arbres que l’on nommera « arbre à biomasse ».
En 2026, j’ai appris avec Marc Lieber, fermier syntropique au Portugal, qu’il préfère plutôt nommer les arbres à biomasse « arbres mères » car ils apportent plus de vie à notre écosystème, ils nourrissent tous les autres et créent les conditions nécessaires à leur croissance.
« Il existe certaines idées fausses concernant la taille dans l’agriculture syntropique, (…). La principale idée fausse est que les arbres sont taillés uniquement pour obtenir de la matière organique destinée à recouvrir le sol. Bien que la matière organique issue de la taille soit certes importante et doive toujours être bien utilisée pour recouvrir et protéger le sol là où cela est le plus nécessaire, ce n’est jamais l’objectif principal. L’objectif principal est toujours d’optimiser les processus écologiques, de synchroniser le développement des plantes entre elles, de créer une harmonie structurelle au sein de chaque plante et d’harmoniser structurellement toutes les plantes avec celles qui les entourent. » Marc Lieber
On peut aussi les appeler « plantes accumulatrices ».
Lorsque l’on taille une plante :
– elle sécrète des hormones de croissance pour les plantes autour
– on génère de la matière organique pour couvrir le sol et le nourrir en surface(principe du paillage ou mulch)
– ses racines meurent dans le sol, laissant la place pour d’autres racines de s’y « faufiler ». Les racines en décomposition nourrissent aussi la vie du sol en profondeur.
Ce principe de taille ressemble aux diverses perturbations que l’on peut retrouver dans un écosystème.
Les plantes ont co-évolués avec les animaux, elles ont donc l’habitude d’être mangés, broutées.
Par exemple, les graminées (ce qu’on appelle communément l’herbe), ont besoin d’être broutées pour être en bonne santé.
Dans le livre de Fabrice Desjours sur les « Jardins-Forêts », on découvre un paresseux géant de plus de 6m de hauteur, qui a disparu depuis un moment, mais qui était un gros mangeur de branches d’arbres !
Il arrive que les éléphants fassent tomber des arbres.
Les tempêtes, tornades, incendies sont aussi des perturbations qui recréent une dynamique dans un écosystème.
Dans les tropiques, on observe que les agriculteurs ont des rendements plus importants l’année suivant une tornade.
En orchestrant ces processus naturels, Ernst est arrivé à produire autant de cacao que ses voisins en agriculture conventionnelle. Cependant, dans sa ferme, nul besoin d’irrigation, de pesticides et matière organique importée de l’extérieur de sa ferme.
L’humidité nécessaire pour les plantes est véhiculée par les champignons mycorhiziens dans le sol.
Les fruitiers sont résistants aux maladies et aux ravageurs car en semant une grande quantité de graines, il peut choisir les plus saines, vigoureuses et résilientes.
Pour Ernst, la nature fonctionne dans l’amour inconditionnel, la coopération.
En pratiquant ce type de culture, on se rend compte petit à petit qu’un sentiment de joie profonde nous anime. (Il a fallu qu’il le dise sur papier, pour que je me rende compte que c’était pour cela que j’étais profondément heureux en jardinant !)
La fonction écologique d’un être humain est de couper des branches et de semer des graines qu’il aime, comme le singe, l’oiseau ou l’écureuil
Traditions agroforestières
Les peuples indigènes d’Amazonie déracinait le plus grand arbre qu’ils trouvaient dans la forêt en creusant autour avec des bâtons et des cailloux, Ce grand arbre au sol crée une clairière dans la forêt, un espace lumineux pour cultiver des légumes en abondance, puis des arbustes et des fruits, et retourner ensuite à l’état forestier. Puis on va trouver un autre grand arbre, on le fait tomber et ainsi de suite. La forêt Amazonienne est aussi riche et diversifiée grâce aux peuples qui y vivaient !
Dans le livre « Agriculteurs à l’ombre des forêts du monde » de Geneviève Michon, on découvre les paysans des agro-forêts d’Indonésie. C’est passionnant de voir comment s’organise une culture autour du jardin-forêt. Elles sont transmises de génération en génération.
Il est intéressant de voir que des forêts qui sont classés comme « forêt primaire » par des spécialistes sont en fait des forêts cinquantenaire où les paysans continuent à récolter des fruits.
Dans le livre numérique « Perennials » que l’on trouve sur le site Agenda Gotsch, il décrit son enfance en Suisse.
On découvre que nos ancêtres (la Suisse est toute proche) étaient des très bons cultivateurs d’arbres fruitiers. La majeure partie de notre alimentation provenait de ces arbres.
Les haies étaient taillées pour créer de la dynamique dans l’éco-système et on pouvait voir des arbres à biomasse avec des arbres fruitiers.
Succession écologique en climat tempéré
Cette agroforesterie est basée sur ce qu’on appelle la « succession écologique ». C’est le processus de régénération d’un écosystème.
Imaginons que nous partons d’un terrain à nu.
1, Les amarantes, l’armoise, les chénopodes, l’oseille, l’achillée, les pissenlits apparaissent, (c’est la phase de colonisation). Sur la photo ci-dessous, du chénopode.
2. Ensuite vient les graminées (herbes hautes), les herbacées pérennes (orties, menthe, lamier). On entre dans la phase dite « d’accumulation ».
3. puis viennent les ronces, les jeunes pousses de genêt d’aubépine, de prunellier, de frêne, de peuplier, de bouleau, et les graines de fruitiers semés par les oiseaux, les écureuils ou autres animaux (merisier, pommier, noyers, chêne, châtaigniers, noisetiers). On appelle communément cela une friche.
4. Si on continue à laisser pousser, les ronces commencent à disparaître au moment où les chênes, les pins, les frênes créent assez d’ombre pour empêcher son développement. On y voit encore quelques graminées ou des herbacées de sous bois (fougère et autre) ainsi que quelques arbustes, et surtout un sacré tapis de feuilles mortes et de branches en décomposition. C’est la forêt, ou le stade d’abondance, le climax.
Avantage n°1 : Autofertilité
Dans ce type de culture, on plante au même endroit les arbres destinés à la production et les arbres à biomasse destinés à être taillés pour nourrir le sol en surface et en profondeur. C’est le principe d’autofertilité. A l’heure actuelle, la plupart des agriculteurs en France sont dépendant soit de fertilisants chimiques, soit de fertilisants biologiques qui sont rarement produits sur la ferme, et jamais sur la même parcelle à part en agroforesterie successionnelle. C’est surtout sur ce point là cette culture se distingue de l’agriculture biologique.
Je précise aussi que lorsqu’on tend vers une forêt (ou un jardin-forêt), le sol se rééquilibre en nutriments et en minéraux.
Un autre exemple illustre cela. On observe que si on cultive des légumes ou des céréales en travaillant le sol, on génère un certain déséquilibre, qui est rétabli si on laisse une prairie de graminées repousser.
La prairie nourrit de nouveau le sol. La plupart du temps, le sol est labouré et on peut re-cultiver.
Et bien si on laissait une forêt s’installer, le sol serait encore bien plus riche et équilibré.
Seulement les céréaliers ne le font pas car il faudrait enlever les souches et les racines des arbres.
Avantage n°2 : Pas besoin d’irrigation à terme
Un jardin-forêt n’a pas besoin d’irrigation à terme. C’est ce que fait Ernst Gotsch au Brésil, pour une production professionnelle. Cela mériterait d’être essayé et reconnu en climat tempéré.
Le sol du jardin-forêt à terme est couvert de minimum 30 cm de branches, avec 30 cm (voir plus) de branches déjà décomposées en humus. Cela permet le développement d’un réseau de champignons dans le sol. Ces derniers assurent la résilience des plantes en cas de sécheresse.
(Plus d’informations sur l’irrigation/ l’arrosage dans le chapitre sur l’entretien du jardin-forêt dans mon document de formation)
Avantage n°3 : Pas d’utilisation de produits chimiques de synthèse
Un jardin-forêt ne nécessite pas l’utilisation de produits chimiques de synthèse pour contrer les insectes dits « ravageurs », ou les maladies.
Les « ravageurs » sont régulés grâce à la présence d’une large diversité d’insectes, oiseaux et animaux prédateurs. Cette faune peut exister grâce à une culture densifiée et multi-étagé de plantes diversifiées.
Les maladies sont évités en ne conservant seulement les plantes les plus résistantes. La plupart du temps, ce sont des plantes qui auront été implantés grâce à un semis direct de la graine directement en place (à l’endroit où nous voulons l’arbre). Ces semis pourront être potentiellement greffés ensuite.
La plupart du temps, on traite les fruitiers car on essaye de garder en vie des plantes malades, dans un écosystème « malade » (peu densifié et diversifié)
Principal inconvénient : ça ne fait pas « propre »
C’est un inconvénient pour les personnes qui utilisent cette expression « ça ne fait pas propre ».
De mon point de vue, c’est juste la beauté de la nature
La principale limite à ce type de culture est qu’on a une grande densité et diversité de plantes. On entretient mais on intervient au moment où la végétation est déjà bien développée, Alors avant l’intervention, ce n’est pas «propre » comme dirait-on. Et même après intervention, je pense que ça peut ne pas convenir à certaines personnes.
En juin, le jardin-forêt est remplie d’herbes de 2m de hauteur car je laisse pousser les bandes enherbées à leur maximum (pour récolter un maximum de paillage).

Puis je fauche fin juin et là on peut voir clairement les lignes de culture espaçées de 2m.
Et ce n’est que le début, car d’ici quelques années, les lignes de culture seront composées d’un mélange de fruitiers, sureau, saule, peuplier, photinias, eleagnus, consoude : une sacré jungle qu’il est nécessaire d’éclaircir pour permettre aux fruitiers de se développer correctement.
Croyance limitante : la concurrence des plantes
On pense souvent que les plantes sont en concurrence, mais si on taille les plantes indésirables à floraison, elles favoriseront nos plantes cultivées,
La densité racinaire n’est pas un problème dans ce système puisque l’on veut aller vers un stade forestier. La densité racinaire est problématique lorsque l’on veut cultiver des légumes, mais dans la forêt le sol est jonché de racines.
Ainsi, les plantes dites « invasives » peuvent être potentiellement intégrée dans ce système, le teinturier d’Amérique, la Renouée du Japon, ou l’Ailanthe par exemple. Elles disparaitront une fois que les arbres de production seront grands et créeront assez d’ombre pour faire disparaître des espèces pionnières. Si on taille régulièrement ces plantes une fois qu’elles croisent nos arbres de production, elles permettront de produire une grande quantité de matière organique en surface et dans le sol par la mort des racines.
Toutefois, socialement elles ne sont pas les bienvenues, alors il est préférable de ne pas les planter, car elles pourraient se disséminer chez des personnes qui veulent cultiver des légumes ou dans une autre situation indésirable.
Voilà les définitions de la syntropie et du jardin-forêt. Pour poursuivre votre apprentissage, je vous invite à découvrir mon guide pratique